Michelle, le sourire de la solidarité
par Anne-Cécile S. Michelet
photos : Guy Coste

Avant même de débuter l’interview, Michelle me l’a dit au moins deux fois « je n’aime pas parler de moi ». Allez donc faire une interview personnelle avec une telle mise en garde !
L’humilité faisant corps avec elle, Michelle n’aime donc pas se mettre en avant. Mais, comme elle est profondément humaine et généreuse, elle a néanmoins accepté notre rencontre. Et, le jour du rendez-vous, elle m’a réchauffée le cœur de ce sourire doux et ouvert qu’on lui connaît, lorsqu’on a la chance de l’avoir rencontrée
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Si Michelle Le Petit n’aime pas parler d’elle, elle tient en revanche à ce qu’on comprenne bien que, « c’est grâce à l’ensemble des bénévoles et des généreux donateurs que La Malle des Malins est devenue possible » et qu’elle aimerait qu’ils et elles sachent qu’elle les en remercie. Alors je l’écris, en préambule. Comme ça c’est fait. Et je peux vous assurer que ça vient du fond de son cœur.
Michelle Le Petit, pour celles et ceux qui l’ignorent, c’est la personne qui est responsable de la Malle des Malins. Et, la Malle des Malins, c’est la boutique solidaire qui se trouve dans le cœur de Grand-Champ, 2 Grande rue, juste en face de la place du marché. Vous voyez ?
Au départ, c’est à dire avant 2015, ce lieu fut d’abord un « simple » vestiaire social, destiné à aider les personnes en difficultés. Ouvert une fois par mois, on y distribuait - en fonction des dons reçus - des vêtements, du linge, éventuellement une tenue dite « correcte » pour se présenter en entretien d’embauche... Puis, à l’initiative de Sandrine Le Labourier, alors adjointe aux Affaires Sociales de la municipalité de l’époque, le projet d’une vraie boutique sociale est né, sous le nom de La Malle des Malins. Son objectif, au-delà de vendre à petit prix des articles de deuxième main : transformer les bénéfices réalisés en repas, toujours pour les personnes dans le besoin.
J’avais envie d’agir dans le social
Michelle Le Petit s’est alors présentée, pour faire partie des bénévoles animés par le projet. « Je venais de prendre ma retraite et il était hors de question que je cesse toute activité. Or, en y réfléchissant en amont, je m’étais déjà dit que j’avais envie d’agir dans le social, que j’avais besoin de donner. Sans doute parce que j’ai toujours été sensibilisée à la générosité”. Michelle est née dans un milieu ou où n’avait pas forcément beaucoup “mais où on partageait toujours. Mes parents se sont toujours comportés ainsi : quand on tuait une bête, quand des gens en difficulté arrivaient dans le quartier, on allait leur porter du linge des draps, un peu de viande. Auprès d’eux j’ai appris à faire comme eux ».

Sa carrière, Michelle l’a faite comme assistante de direction dans le privé, pour une entreprise qui rayonnait en France et à l’étranger, « peu de rapport avec le social mais c’est vrai que, déjà alors, j’étais souvent à l’écoute des employées en détresse. Sans doute parce que mon poste était l’antichambre de la direction, ils et elles se confiaient beaucoup à moi ». Mais surtout, si elle en avait eu le choix, Michelle aurait aimé choisir un autre métier. « J’étais attirée par le médical. A 40 ans d’ailleurs, j’ai voulu changer d’orientation et reprendre les études pour devenir infirmière. Mais nous avions 4 enfants, mon mari venait de prendre la direction d’une école et il n’y avait personne d’autre que moi pour s’occuper des petits, donc j’ai renoncé à ce projet. Aujourd’hui je ne regrette rien, et ce sont mes enfants qui se sont orientés dans le médical ».
Intégrée à l’équipe Malle des Malins en 2015, Michelle en est devenue la responsable en 2020, une activité bénévole qu’elle a souhaitée, en lien avec son rôle d’élue comme adjointe à la solidarité. Même si elle “ne pourrait rien faire s’il n’y avait les autres bénévoles pour la seconder” (je le note, je le note Michelle !), elle y a pour missions principales :
l’accueil et l’encadrement desdits bénévoles, soit 24 personnes tout de même, réparties entre la vente en magasin (la partie que l’on voit) mais aussi la réception et le tri des articles, le rangement, la remise en état des jouets pour les rendre vraiment magnifiques, l'étiquetage, la rotation des articles...
l’établissement des plannings,
la communication du lieu et bien entendu aussi,
la vente parfois,
le suivi des recettes financières, en lien avec le CCAS.
Car bien entendu, le but du lieu est de transformer les recettes financières générées, en repas pour les plus démunis. « tout est reversé au CCAS de Grand-Champ qui fonctionne, d’un côté grâce à l’aide alimentaire et de l’autre, grâce au produit des ventes de la Malle des Malins. L’aide alimentaire couvre en général le sec, l’épicerie et les recettes de la malle des malins servent à proposer aussi des aliments frais : fruits, légumes, laitages, etc.
Rien ne serait possible sans l’aide des bénévoles

En 10 ans, les lieux, les donatrices et donateurs, les clientes et les clients ont changé. Leurs motivations aussi parfois. Des notions d’écologie, des choix finalement éthiques et politiques se sont ajoutés aux soucis purement économiques, sans les effacer toutefois. « On est ouvert trois matinées par semaine et chaque fois, c’est entre 30 et 50 personnes qui entrent dans la boutique et qui achètent, chacune pour des raisons propres et parfois multiples. Nous avons des habituées, on voit les familles s’agrandir, les petits grandir, c’est beaucoup d’humain la Malle des Malins et notre rôle c’est aussi d’être attentives à nos clientes et clients ». Mais au-delà d’y acheter des articles, certaines viennent là aussi pour parler et l'un des rêves de Michelle serait de pouvoir développer dans les lieux, un petit coin convivial où servir à boire, s’asseoir, se poser, échanger avec les gens qui en ont besoin. « Le bâtiment est pour l’instant limité en place mais on le garde d’autant plus qu’il est idéalement placé dans le centre-ville mais ça serait mon rêve de pouvoir mieux y accueillir les familles » reconnaît Michelle, « tout comme de rendre la boutique un peu plus « sexy ».
Parce que Noël n’est pas si loin, j’ai envie de conclure sur cette phrase, comme un vœu adressé à l’Univers. Ca n’est pas Michelle qui le demande car elle, elle n’ose pas beaucoup demander mais, j’ai énormément insisté, parce que ça fait partie des questions Pikoù Panez. Alors, on n’a qu’à appeler cela un projet. Cela fait partie des projets que de ne pas savoir si on arrivera à les réaliser mais, s’il y a bien une chose qui est sûre ou presque, c’est que tous les projets réalisés, ont d’abord été rêvés… Alors, on rêve ?
Texte : Anne-Cécile S. Michelet
Photos : Guy Coste
Ton côté Pikoù Panez :
Je suis passée à l’action. Je crois que je ne veux plus, ni râler ni entendre râler. Il ne suffit pas de râler, il faut faire les choses alors, à mon échelle, j’essaie de lutter contre les inégalités.
Un rêve que tu fais pour la Malle de Malins ?
Créer un coin pour accueillir les familles et, peut-être aussi, réussir à rendre les lieux plus lumineux et plus attrayants.
Une chose qui te rend heureuse
Le fait d'avoir accueilli, parmi les bénévoles, trois résidentes et résidents du foyer de vie et qu'ils et elles aient une vraie place parmi nous.
Comment on peut t’aider ?
Je ne veux pas abuser, je n’ose pas beaucoup demander.
… et si j’insiste vraiment très lourdement et que je te dis que ça n’est pas vraiment “demander”, que c’est juste répondre à l’une des traditionnelles questions Pikoù Panez
Alors, peut-être préciser aux généreux donateurs de donner uniquement des articles propres, en bon état et qu’ils porteraient volontiers eux-mêmes (même s’ils ne le font plus aujourd’hui).
… et si, maintenant je te demande ton rêve ?
Ce serait de rendre la boutique plus attrayante, plus belle, plus lumineuse, peut-être par un coup de peinture ou, peut-être en lustrant le parquet ou, en revoyant l’éclairage…
Voilà, c’est posé, comme une lettre au Père ou à la Mère Noël, qui se serait égarée dans le courrier et qu’on viendrait juste de retrouver. Ca n’est évidemment pas Michelle qui demande, c’est un message Pikoù Panez : si vous avez envie de proposer votre aide, passez en discuter avec Michelle au magasin. Vous aurez ainsi la chance de découvrir son sourire doux et ouvert (et peut-être d’exaucer un rêve). C’est un vrai cadeau, vous verrez…







