Margaux, biographe sonore
Texte et photos : Anne-Cécile S. Michelet

Margaux Jezequel, je l’ai rencontrée sur un marché de Noël, non loin de Grand-Champ. Je flânais devant son stand, elle m’a abordée par ces mots : “Est-ce que je peux vous expliquer ce que je fais”?
Elle m’a plu cette phrase sans détour, comme cette façon d’être que les enfants ont parfois, avant qu’ils ne soient déformés par conventions et normes sociales. J’ai dit oui et je l’ai écoutée.
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Il se trouve que c’est aussi ce qu’elle fait Margaux : écouter. Elle écoute et enregistre des histoires de gens et de vies. “Au départ, ça s'est fait comme ça” me raconte-t-elle, même si depuis, c’est devenu son métier. Tout est parti de son grand-père, auquel elle est extrêmement attachée et qui, il y a deux ans, a dû être hospitalisé. ”Un événement qui m’a fait prendre conscience que je pouvais perdre mes grands-parents, simplement parce que c’est le sens de la vie de la voir un jour se terminer”. Alors, comme un besoin profond qui s’exprimait, elle a eu envie de les interroger, de leur faire raconter leur vie et aussi, de conserver leur voix sur un support, “parce que dans la voix on entend tout : les émotions, les sourires… En écoutant celles des gens qu’on connaît, on voit leur visage dans notre tête. Et puis, un enregistrement, cela permet de les écouter partout et de les réécouter quand on veut.
J’ai réalisé que je pouvais perdre mes grands-parents
“Alors, lorsque son grand-père est sorti de l'hôpital, Margaux a présenté à ses grands-parents son souhait de recueillir le récit de leurs expériences, le regard de chacun d’eux sur sa vie. Sa demande acceptée, elle a immédiatement investi dans un bon micro, pour que le son soit de qualité. “J’ai pensé que cette occasion là, celle de nous poser longuement pour parler sans être coupés par les détails et les urgences du quotidien, elle ne me serait donnée qu’une seule fois. Et pour moi, c'était important de conserver non seulement leur récit mais aussi le grain de leur voix, comme un trésor à réécouter plus tard”.
A l’époque, Margaux était à un carrefour de sa vie. Après un premier parcours de 10 années comme salariée, elle hésitait à créer sa propre entreprise, sans savoir dans quel domaine. “A ce stade de ma réflexion, je me posais surtout des questions sur le mélange vie professionnelle et personnelle et sur le fait de créer une entreprise en Bretagne et non à Paris ou dans une autre grande ville. Or il se trouve que c’est ce que mes grands-parents ont fait : travailler ensemble, en Bretagne, en réunissant vie-pro et vie perso sur leur exploitation agricole. J’ai donc débuté mon interview par cette porte, d’autant que leur vie est un exemple pour moi. Finalement ils m’ont parlé de beaucoup d’autres choses aussi. Ça a été un super moment, au point qu’on en a même oublié de manger ce qui, pour eux, est une chose a priori impossible”, se souvient-elle en souriant.
Le moment le plus beau pour Margaux fut probablement celui qu’ils ont tous les trois partagé, après leur écoute du montage fini, d’autant que celui-ci comprenait aussi le récit de la guerre d’Algérie. “C’est un projet que mon grand-père avait souvent évoqué avec mes cousins, mes cousines et moi-même, de nous raconter cette période marquante de sa vie. Mais jusqu’alors, nous n’avions jamais pris de temps pour le faire”, explique-t-elle. “Réécouter ensemble leurs récits a permis de faire naître une discussion très forte entre nous. On s’est dit des choses hyper chouettes et ça m’a donné envie d’interviewer toute ma famille”.
Dix huit récits furent ainsi enregistrés et montés. Margaux ne le savait pas encore, mais c’était le début de Merci Papi!, l’entreprise qu’elle a finalement créée.
Leur récit a fait naître une discussion très forte
Par la suite, Margaux s’est formée au podcast et au montage sonore, de façon plus professionnelle. Elle a réalisé une étude de marché, communiqué et appliqué l’ensemble des recettes qu’elle conseillait, à l’époque où, salariée, elle accompagnait les porteurs de projets. Mais son premier client, c’est d’une façon singulière que la vie le lui a offert : “Je faisais du covoiturage pour me rendre chez un membre de la famille que j’allais interviewer. J’étais encore en phase de réflexion pour savoir si j’en ferais ou non mon métier mais le projet me tenait tellement à cœur, que j’en ai beaucoup parlé pendant le trajet partagé. J’ai dû être convaincante car, avant de me déposer, le conducteur m’a dit : “appelez moi quand vous serez lancée, ça peut m’intéresser”. C’était octobre. Le temps d’avancer dans ses démarches, Margaux ne l'a rappelé que cinq mois plus tard. Entre temps, comme elle l’avait laissé sans nouvelles, son interlocuteur était passé à l’action en essayant d’enregister lui-même sa tante, dernière personne vivante de la génération de ses parents, dont il avait à cœur de conserver le récit. “Finalement ce fut une chance pour moi car, en essayant de faire l’exercice, il s’est rendu compte qu’il n'était pas si aisé. Il a donc immédiatement accepté mon offre et c’est comme ça que j’ai signé le récit d’Yvonne. Merci Papi! était lancé !

Depuis, deux années entières sont passées. Margaux a enregistré d’autres récits, initialement des récits d’anciens puis quelquefois aussi, de plus jeunes. Des histoires heureuses, des drames. Des rencontres qui changent une vie, des coups de foudre. Le récit de l’adoption d’un bébé qui sera conservé jusqu'au jour où cet enfant sera en âge de l’écouter. Des cadeaux pour soi. D’autres, partagés aux membres de la famille… “Chaque fois, je suis embarquée dans l’histoire qu’on me confie” raconte Margaux. “Les gens ont l’habitude de dire que leur vie n’est pas intéressante mais je trouve, moi, que toutes sont, au contraire, passionnantes”. Bien entendu, certaines l’ont touchée plus que d’autres. Celle de ses grands-parents bien sûr. Celle d’Yvonne également, parce que c’était la première “inconnue” qui se livrait à elle en confiance.
Depuis, son offre s’est développée. Outre les portraits sonores, Margaux propose désormais aussi des enregistrements d’évènements spéciaux : mariages, baptêmes, etc., des livres d’or audio et des histoires d’entreprises, sincères, honnêtes et humaines. Sauf volonté de ses clients, ses récits sont privés, sécurisés et hébergés sur des serveurs européens “parce que j’ai trop peur de mettre la voix des gens sur des serveurs que je ne maîtrise pas”, explique Margaux.
Noël est passé, le souvenir de Margaux m’est resté, parce que son récit m’a touchée alors, en mots écrits cette fois, à moi de vous le partager.
Texte et photos : Anne-Cécile S. Michelet
Ton coté PP :
il y en a plusieurs je crois.
je me suis obligée à ralentir, à cesser de trop remplir mes journées pour laisser émerger de nouvelles choses. C’est en ralentissant et en consacrant du temps à ma famille que je suis arrivée à créer Merci Papi.
je me suis dit “ Au pire ça ne marche pas et ça ne sera pas la fin du monde”, mais au moins j’aurai essayé.
je crois profondément qu’il faut mettre de l’aventure dans sa vie. Se dire par exemple : cette année j’ose cette chose qui m’impressionne et qui me tente tellement.
Tes projets, tes envies, tes rêves pour l’avenir :
Mon projet : continuer les récits de vie et d’entreprises familiales. Et aussi ne plus travailler toute seule. J’ai toujours travaillé en équipe et j’aimerais beaucoup le faire encore. Être plusieurs c’est pouvoir prendre du recul et s’enrichir des qualités complémentaires de l’autre. J’ai trop de projets pour tous les faire seule. A plusieurs ça deviendrait peut-être possible.
Mon rêve : continuer de créer du lien entre les gens, pour qu’ils ne restent pas seuls derrière leurs écrans.
Comment on peut t’aider :
En faisant connaître Merci Papi. Venez me voir, je ne mords pas.
Contact :margaux@mercipapi.bzhSur Instagram : mercipapi_
POUR ALLER PLUS LOIN (ou, y aller autrement) : écouter “Pourquoi j'ai enregistré mes grands-mères”, l’épisode 25 du podcast “Renverser la table”, de Victoire Taillon







