Christine Royer a incarné pendant 20 ans l’autorité au féminin
Reportage Sophie Bégot
Photos Guy Coste

Vous en connaissez personnellement beaucoup vous, des préfets ou des sous-préfets ? Grâce à Pikoù Panez, vous allez rencontrer Christine Royer, désormais Grégamiste « à temps plein ». Pendant plus de 20 ans, elle a embrassé la profession de sous-préfète en Bretagne et dans de nombreux autres territoires français. Elle a incarné l’autorité au féminin, sans rien perdre de sa nature positive, de son franc parlé pour aller droit au but et de son engagement pour rendre visible les femmes actrices dans les territoires.
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« J’ai fini mes grandes migrations d’affectation depuis quelques mois !” plaisante Christine. Je me suis posée définitivement à Grand-Champ, mais j’y avais mon pied à terre depuis 2007, à la suite de ma première prise de poste dans le Morbihan en 2002. J’y ai exercé la mission de directrice de la réglementation et des libertés publiques, puis, je suis devenue sous-préfète. Après 20 années passées à la Préfectorale au service de l’État et des territoires que j’ai administrés, j’ai désormais toute ma liberté de parole... et j'ai des choses à dire !”. Le ton et le style surprennent. Je me faisais une idée très stricte d’une sous-Préfète. Mais Christine Royer a toujours été remarquée pour sa manière franche, directe et conviviale d’engager le dialogue, l’écoute et les relations humaines.
Il va falloir revoir les modèles, vite !
Quand on sait que, en France seulement 13% des Préfets étaient des femmes à la prise de fonction de Christine, on se doute que le modèle patriarcal d’autorité a longtemps eu la peau dure dans ce milieu des Préfets. Christine me parle de cette verticalité du pouvoir, aujourd’hui de plus en plus remis en question par des citoyens qui réclament un dialogue permanent et une nouvelle horizontalité des décisions.
Et ça me plait beaucoup d’entendre ce discours auquel j’adhère à 100% et qui met l’intérêt général au-dessus de tout, la concertation et les démarches participatives comme modèles d’avenir pour construire une nouvelle manière de vivre ensemble.
Dans cet échange autour d’un café un samedi matin au café La Buvette à Grand-Champ, Christine n’y va pas par quatre chemins « On vit aujourd’hui dans une Société en pleine mutation. La reproduction de ce modèle patriarcal d’autorité, alors que les choses ont beaucoup changé, est un vrai risque démocratique. La population demande plus de dialogue, plus de prise en compte de ses idées, plus de transparence et de probité de ses représentants. Les habitants y sont prêts. Les citoyens poussent fort pour que ça arrive enfin».

Coordonner, développer et trouver des solutions
Tout au long de sa carrière, Christine a laissé des traces, que ce soit dans la mémoire des habitants comme celle des décideurs et des acteurs économiques et sociaux des territoires, dans lesquels elle a œuvré. Revitalisation des centres bourgs, fusion de communes, loi littoral, gestion des crises, déploiement des politiques publiques, elle a enchaîné les dossiers. « Cela m’a permis de grandir en connaissances et en expériences à chaque nouveau sujet. Je passais de la gestion des quartiers prioritaires, à l’accompagnement des agriculteurs dans les transitions; de l’appui des acteurs économiques pour passer les crises à la consolidation de subventions pour la création de tiers-lieux, de médiathèques ou de pistes cyclables ».
On connaît souvent mal les missions et les prérogatives d’un préfet et d’un sous-préfet. Christine a rendu sa mission passionnante et concrète. Elle lui a aussi donné une puissante idée de sororité : « Dans cette mission de sous-préfète, j’ai toujours essayé d’expliquer que les femmes sont elles aussi légitimes à incarner l’autorité. J’intervenais régulièrement en conférence dans les universités pour enjoindre les étudiantes à ambitionner d’intégrer les lieux de pouvoir et de décisions. J’ai régulièrement utilisé mes budgets de fonctionnement pour soutenir les réseaux et associations de femmes et tisser des liens entre elles ». Pour autant, Christine n’estime pas avoir réalisé sa mission « comme une femme ». Juste comme une fonctionnaire dévouée au service de sa population, toute sa population.
Tout au long de notre entretien, Christine me partage sa grande fierté de s’être mise au service de la République et de s’être engagée sans compter : « L’uniforme des préfets et sous-préfets qui arbore le chêne (symbole de l’autorité) et l’olivier (symbole de paix publique) est en soit l’expression de la dignité et le respect de notre État ».

Qu’est-ce qu’on peut bien faire après ça ?
La fonction est très exigeante et demande non seulement une disponibilité sans faille 24H/24 et 7J/7, mais aussi de changer de lieu d'affectation tous les 2 ou 3 ans. Alors Christine a ressenti le besoin d'avoir un port d'attache, d'un lieu fixe bien à elle pour pouvoir poser ses valises dans ses moments de respiration, pour sa fille de 26 ans désormais et pour sa retraite. En 2007, c'est Grand-Champ qu'elle a choisi.
Après avoir œuvré dans tant de territoires différents (Lannion, Argentan-Flers, Abbeville …), je suis curieuse d’avoir son regard sur notre commune de Grand-Champ et sur l’avenir de notre territoire.
Comme beaucoup d’entre nous, Christine m’explique avoir été très agréablement surprise par la richesse du terreau associatif avec des habitants bénévoles fortement investis. Elle me présente Grand-Champ comme une commune bénéficiant d’une vraie identité, à taille humaine avec une nature accessible et une ruralité assumée. Pour autant, Christine note de vrais enjeux d’avenir auxquels il lui semble urgent de s’atteler : les flux pendulaires (1) véritables fléaux pour tous (ces aller-retour quotidien entre Grand-Champ et Vannes pour des milliers d’automobilistes), la position de pôle d’équilibre (2) à réellement renforcer pour apporter des solutions aux problématiques du quotidien ou encore la nécessité d’une plus grande rigueur de gestion des comptes publics communaux et de transparence vis-à-vis des citoyens. « l’argent public, c’est notre bien commun. Il est indispensable que les Élus expliquent leurs projets, s’assurent qu’ils sont en phase avec les attentes des habitants et, bien entendu comme je l’expliquais au début, pratiquent véritablement la co-construction et la concertation » conclut-elle.
Alors qu’est-ce qu’on peut bien faire après avoir vécu tout cela ? Après tant d’engagement et d’expériences enrichissantes ? « Je ne vais pas rester comme simple consommatrice de notre commune, nous confie Christine. J’ai bien l’intention de partager mes savoir-faire et d’accompagner celles et ceux qui ont des envies et des projets positifs pour notre commune.
Reportage Sophie Bégot Photos : Guy Coste
Comment devient-on Préfet ?
Vous êtes étudiante ou étudiant et le parcours de Christine vous inspire ? Mais comment devient-on préfet ou sous-préfet ? Le parcours de Christine Royer a avant tout été universitaire en filière droit et sciences politiques. Avec deux DEA en poche, c'est la réussite au concours d'attaché de préfecture qui lui ouvre les portes de la préfectorale (et non pas l’ENA comme beaucoup de ses confrères et consœurs). Elle est passée par des postes de cadre puis de direction en préfecture.
Depuis la réforme de l'encadrement supérieur de l'État en 2021 et l’annonce de la mise en extinction du corps préfectoral, ont entraîné la suppression du corps préfectoral. Ce pilier de la réforme de la haute fonction publique a été engagé dans une logique d’ouverture et de renforcement de la diversification de la haute administration comme de dynamisation des parcours et carrières de ses membres.
Désormais, outre le recrutement par les anciens élèves de l' E.N.A. ou de l' I.N.S.P. depuis 2021, peuvent notamment être nommés sous-préfets, au choix, par voie de détachement ou après une procédure de sélection sur dossier et passage devant une commission de sélection, les agents publics tels que les magistrats judiciaires ou administratifs ou financiers. Les diplômes de niveau bac+5 en droit, sciences politiques ou administration publique sont privilégiés. Il est donc nécessaire de disposer d’une expérience professionnelle dans des fonctions de direction, d’encadrement ou avoir suivi une formation de cadres supérieurs du service public.

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Quelques définitions
(1) Les flux pendulaires désignent les déplacements réguliers des personnes entre leur domicile et leur lieu de travail ou d'étude, généralement chaque jour. Ces trajets sont souvent réalisés en voiture.
Conséquences néfastes des flux pendulaires :
embouteillages : Une forte circulation peut causer des ralentissements et des bouchons, rendant les trajets plus longs et frustrants.
pollution : L'augmentation du nombre de voitures sur les routes contribue à la pollution de l'air, ce qui peut avoir des effets néfastes sur la santé.
diminution de la qualité de vie : Les temps de trajet prolongés peuvent réduire le temps libre et affecter le bien-être des personnes.
usure des infrastructures : Les routes et les ponts peuvent se détériorer plus rapidement à cause d'une circulation intense, entraînant des coûts de maintenance accrus.
(2) Les pôles d'équilibre des territoires dans les agglomérations sont des zones stratégiques qui visent à organiser le développement urbain. Ils sont conçus pour :
répartir les populations : Éviter la surpopulation dans certaines zones en favorisant la croissance d'autres.
développer des services : Offrir des équipements et services (comme des écoles, des transports, etc.) accessibles à tous.
encourager l'économie locale : Soutenir les entreprises et l'emploi local pour renforcer l'économie de la région.
En résumé, ces pôles visent à créer un équilibre harmonieux entre les différentes zones d'une agglomération pour améliorer la qualité de vie des habitants.











