billet d'humeur
Nina, jeune Grégamiste de 17 ans passionnée de littérature, d’actualité et de politique, a proposé à la rédaction de Pikoù Panez de nous partager des réflexions qui lui tiennent à cœur.
Parce que Pikoù Panez existe pour proposer des regards différents, partager des réflexions et oser prendre la parole, nous lui avons dit “oui”. Nina prend donc aujourd’hui la plume sur un sujet qui lui importe particulièrement : celui de la place des femmes dans le monde. Elle nous livre un regard sévère et âpre, mais sans doute réaliste. Un regard de la jeunesse d’aujourd’hui, tourné vers ses aspirations à faire bouger le réel.
La rédaction
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Ma vision du féminisme, du haut de mes 17 ans
C'est la lecture d’un des articles de Pikoù Panez sur le féminin, qui m’a donné envie de m’exprimer sur ce sujet. Parce que j’aspire, que dis-je, je rêve de vivre dans un monde où toutes femmes, toutes les adolescentes et toutes les petites filles, pourraient ne pas avoir à se soucier du genre dans lequel elles sont nées. Je rêve d’un monde où le féminisme serait prôné autant que n’importe quel autre sujet. J’entends déjà certains me dire que le féminisme est devenu stérile à notre époque, que notre Société est bien plus ouverte et éduquée, quant aux droits des femmes.

À cela, je leur répondrais une citation de Malala Yousafzai (1) : « Nous ne pouvons pas réussir tant qu’une partie d’entre nous est retenue». Cette citation est plus qu’éloquente, mais je tiens à le rappeler : le féminisme n’est pas restreint aux frontières de l’Europe, des États-Unis ou de notre quotidien. Estimer que le féminisme n’est plus utile dans une époque où des millions de femmes souffrent de leurs conditions, serait les réduire, elles et leurs combats, au silence et à les « invisibiliser ». Si la compassion ne vous fait pas réaliser la gravité de la situation actuelle, laissez-moi vous conter la vie de millions de femmes.

Vous êtes une petite fille et vous avez 3 ans, et votre présence coûte déjà plus cher à vos parents que celle de votre frère. Vos jouets, vos vêtements sont plus chers que ceux étiquetés « pour les garçons ». Pour quelles raisons ? Vous êtes une fille et on parle juste ici de la “taxe rose”(2).
Vous avez 6 ans et vous regardez au loin les garçons jouer au football. Vous vous demandez pourquoi aucune fille ne joue avec eux, et pourquoi la cour de récréation est divisée en deux : d’un côté les filles, de l’autre, les garçons. Vous décidez de franchir cette barrière invisible et d’aller jouer au football, mais les garçons refusent de jouer avec vous. Pour quelles raisons ? Vous êtes une fille, et vous ne pouvez certainement pas jouer au football, du moins pas aussi bien qu’un garçon.
Vous avez 12 ans, vos camarades vous font des remarques déplacées, alors que vous n’êtes qu’une enfant. Le dégoût de vous-même vous prend à la gorge, mais vous ne pouvez rien dire, car selon les adultes, « ce sont les hormones des garçons, ils ne réalisent pas ce qu’ils disent». Votre regard sur votre corps change et vous comprenez désormais ce que vous allez vivre toute votre vie : du dégoût.
Vous avez 18 ans, et vous connaissez au moins une femme dans votre entourage qui a été victime d’agressions sexuelles… si vous n’avez pas vous-même été touchée par cette horreur.

Toutes ces situations ne sont qu’une infime partie de la vie entière d’une femme dans notre Société actuelle dans le moins pire des scenarii, c’est-à-dire celui dans lequel vous êtes une femme en Europe. Si vous avez eu la malchance de naître en Iran, en Afghanistan, ou encore en République Démocratique du Congo, votre avenir de femme sera compromis par de nombreux autres obstacles, et personne ne s’en indignera. En Iran, des petites filles de 9 ans peuvent désormais être mariées légalement. En Afghanistan des femmes sont arrêtées, détenues, torturées pour avoir eu l’insolence de vivre, d’être et d’oser. En République du Congo, les femmes sont torturées, tuées, violées depuis des décennies à cause de tensions ethniques et des rivalités politiques, qui utilisent le viol comme arme de guerre. Et que dire des Etats-Unis où le droit à l’avortement est remis en question dans de très nombreux Etats, depuis l’abrogation de l’arrêt l’instituant de fait dans tout le Pays.Partout dans le monde, les femmes n’ont pas le même poids que les hommes dans la balance morale des gens.
Vous me trouvez peut-être pessimiste. Mais comment peut-on m’en vouloir d’avoir arrêté de croire à une égalité quelconque ? Comment peut-on m’en vouloir de ne plus avoir d’espoir quand tant d’injustices et d’horreurs se produisent chaque jour, partout dans le monde ? Comment peut-on m’en vouloir d’avoir arrêté de croire en ce soi-disant monde égalitaire et juste ?
Cependant, je vous le redis : je fais ce rêve. Un rêve beaucoup trop extraordinaire dans la Société actuelle encore trop engluée et étriquée. Et je vous dis aussi : rien ne m’arrachera ce rêve. Je crois en la puissance de l’éducation et je crois en la capacité de changement de cette Société patriarcale et oppressante. Mes sœurs, souvenez-vous que tout rêve n’est pas ancré dans l’imaginaire, il peut devenir réalité. Notre réalité à toutes.
Nina Guéguen
Lycéenne grégamiste
#sororité #Société #engagement
: Malala Youisafzi est une activiste féministe pakistanaise qui s’est battue pour que les jeunes filles puissent continuer d’aller à l’école malgré l’interdiction des Talibans
: “Taxe rose : quand être une femme coûte plus cher” : https://www.tilt.fr/articles/cest-quoi-la-taxe-rose-et-pourquoi-les-femmes-paient-plus


